SCÈNE 1
POMPES FUNÈBRES JANELLI-HELLER
Une adolescente se tient devant la chaire et prononce un difficile éloge funèbre.
Jeune femme : ... Je pense que nous éprouvons tous un sentiment de vide, pas seulement dans nos cœurs, mais aussi dans nos vies. Tout le monde aimait Jennifer, non seulement parce que c'était une personne exceptionnelle... mais aussi parce que c'était le genre d'amie qui était toujours là pour vous. Tu vas nous manquer, Jennifer. Ton sourire va nous manquer... ton rire et ton sens de l'humour vont nous manquer. Le temps que nous aurions pu passer ensemble va nous manquer. Nous garderons ces souvenirs près de nos cœurs jusqu’à ce que nous nous retrouvions dans le Royaume de Dieu.
Les personnes en deuil défilent devant le cercueil.
Plan sur Donnie Pfaster, un employé des pompes funèbres, debout près d’une porte sur le côté de la chaire. Son regard trahit une intense fascination. Cette expression s’évanouit lorsque Jackson Toews, son supérieur, s’approche de Donnie.
Toews : (à voix basse) La famille a demandé une célébration funéraire dès maintenant. J’ai reporté l’inhumation à demain après-midi. Nous garderons le corps ici cette nuit.
Les personnes en deuil sont désormais parties. Donnie s'approche du cercueil et regarde la jeune fille.
Donnie : (sincèrement) Quelle belle jeune fille.
Donnie caresse tendrement les cheveux de la jeune fille, puis referme le couvercle.
Plan sur le funérarium, de nuit. Jackson Toews entre dans une pièce sombre, à la recherche de quelque chose. Il entend un bruit, se retourne et scrute l'obscurité.
Toews : Il y a quelqu'un ?
La pièce est silencieuse. On entend le bruit d'un cercueil qui se referme.
Toews : (il est maintenant vraiment effrayé) Qui est là ? (Une silhouette sombre se déplace entre les cercueils.) J'ai dit : qui est là ?
La silhouette ressemble à celle d’une créature démoniaque, semblable à une gargouille. Toews se retourne, terrifié, trouve l’interrupteur et allume la lumière. Il se retourne pour voir
Toews : (surpris) Donnie ? Qu’est-ce que vous faites ici si tard ?
Donnie : Je travaille.
Toews : (remarquant une paire de ciseaux dans la main de Donnie) Vous travaillez ? À cette heure-ci ? (remarquant une traînée de mèches de cheveux blonds éparpillées sur le sol) Mais qu'est-ce que vous faisiez ? (ouvrant le cercueil, pour découvrir que les cheveux de la jeune fille morte ont été coupés) Fichez le camp d'ici, espèce de monstre ! Fichez le camp, et ne revenez pas!
Donnie se retourne et s'éloigne, un sourire démoniaque sur le visage.
SCÈNE 2
CIMETIÈRE
Mulder, Scully et l'agent spécial Moe Bocks se dirigent vers une tombe.
Bocks : … J’ai reçu un appel de la police de Minneapolis, qui voulait que le FBI vienne jeter un œil. Dès qu’il y a un truc un peu bizarre, c’est comme ça : on appelle Moe Bocks. Comme si j’étais copain avec tous les cinglés de la ville. Je me suis donc précipité ici pour voir ce qu'il en était, et j'ai été stupéfait par ce qu'on m'a montré. En vingt-deux ans, je n'ai jamais rien vu de tel. J'ai jeté un coup d'œil au cadavre et j'ai tout de suite appelé mon pote Andi Schnider, au MUFON. Vous connaissez Andi ?
Mulder : Non.
Bocks : Eh bien, lui, il vous connaît.
Mulder : Pourquoi avez-vous appelé le MUFON ?
Bocks : Je voulais savoir s’il y avait eu beaucoup d'activités OVNI dans la région.
Mulder : Vous pensez que cette tombe a été déterrée par des extraterrestres, Agent Bocks ?
Bocks : Elle présente toutes les marques caractéristiques, vous ne trouvez pas ? Je veux dire, si l'on en croit la littérature.
Mulder : La littérature ?
Bocks : Vous savez bien. La façon dont les cheveux et les ongles ont été coupés. Un peu comme dans les cas de mutilations de bétail.
Scully est visiblement bouleversée à la vue du corps.
Mulder : Je suis désolé de vous décevoir, Agent Bocks, mais ça ne me semble pas être l'œuvre d'extraterrestres.
Bocks : (déçu) Ah bon ? Comment pouvez-vous en être sûr ?
Mulder : J'ai déjà vu ce genre de chose. Quand je travaillais à la Section des Crimes Viiolents. La personne qui a déterré ça a probablement utilisé une pelleteuse. Si vous preniez des empreintes du sol dans cette zone, vous trouveriez sûrement des traces récentes et nettes provenant d'un garage quelque part par ici.
Bocks : Vous pensez ?
Mulder : Il travaille peut-être ici, mais c'est peu probable. Par contre, il a sûrement déjà travaillé dans un cimetière ou une morgue à un moment ou à un autre. Il s'est sans doute déjà fait prendre, mais vous ne trouverez aucune trace de ça. Ce n'est pas très bon pour les affaires quand ce genre d'histoires se répandent.
Bocks : (pour être sûr) Vous dites qu'un humain est responsable de tout ça ?
Mulder : Si on peut l'appeler comme ça.
Bocks : (embarrassé) Eh bien, je me sens vraiment idiot.
Scully jette un dernier regard dans la tombe ; cette image lui donne un frisson glacial. Mulder et Scully retournent à leur voiture, tandis que Bocks reste sur place.
Mulder : Ça va, Scully ?
Scully : Oui… J’ai lu des articles sur des cas de profanation de cadavres, mais c’est la première fois que j’en vois un.
Mulder : Rien ne peut te préparer à ça. C'est presque impossible à imaginer.
Scully : Pourquoi font-ils ça ?
Mulder : Certaines personnes collectionnent les salières et les poivrières. Les fétichistes collectionnent les choses mortes. Des cheveux, des ongles... personne ne sait vraiment pourquoi. Même si, personnellement, je n'ai jamais vraiment compris l'intérêt des salières et des poivrières.
Scully : (regarde Mulder avec curiosité) Parfois, tu me surprends, Mulder.
Mulder : Pourquoi ?
Il ouvre la portière de la voiture pour Scully, puis fait le tour du véhicule pour monter.
Scully : Pourquoi cela ne t'a-t-il pas choqué tout à l'heure ?
Mulder : Je m'y étais préparé avant de quitter Washington.
Scully : (elle lui lance un regard ; ils sont maintenant dans la voiture) Tu savais dès le début que cela n'avait rien à voir avec les ovnis ?
Mulder : Je m'en doutais.
Scully : Mulder, on a pris l'avion pendant trois heures pour venir ici. Notre avion ne repart que demain soir. Si tu t'en doutais, pourquoi...
Mulder : (sort deux billets de sa poche) Les Vikings contre les Redskins, au Metrodome. Ligne des 40 yards, Scully. Toi et moi.
SCÈNE 3
FICICELLO FAMILY FROZEN FOODS
Marilyn est assise derrière un bureau et mène un entretien avec Donnie Pfaster.
Marilyn : Vivez-vous depuis longtemps dans la région des Twin Cities, M. Pfaster ?
Donnie : J'ai grandi ici. Je suis parti pendant quelques années.
Marilyn : Quel métier exerciez-vous auparavant ?
Donnie : Cosmétique. Coiffure et maquillage.
Marilyn : Oh, c'est intéressant.
Donnie : Si vous me permettez cette remarque, la couleur de votre rouge à lèvres est ravissante. C'est « Eté Indien » ?
Marilyn : (flattée) Oui. Oui, c'est ça. Vous postulez pour un poste de livreur...
Donnie : Pour financer mes études. J'ai repris mes études.
Marilyn : (sourit, en notant cela) Qu'est-ce que vous étudiez ?
Donnie : Les religions comparées.
Marilyn : Oh. Êtes-vous croyant vous-même ?
Donnie : Oui. Très.
Marilyn : (sourit, se penchant en avant) Je ne devrais probablement pas vous dire ça, mais M. Ficicello accorde beaucoup d’importance aux convictions religieuses. Il est très fier de l’honnêteté de ses employés.
Donnie : Pouvez-vous le mentionner sur ma lettre de candidature ?
Marilyn : Je joindrai une petite note.
Elle lui fait un clin d’œil.
Donnie : Merci.
SCÈNE 4
L'agent Bocks est assis dans son bureau et regarde le match entre les Vikings et les Redskins. Scully et Mulder entrent. Bocks baisse le son de la télévision.
Bocks : Je suis content d'avoir pu vous rattraper avant votre départ.
Mulder fixe l'écran muet d'un air envieux.
Bocks : (tendant un dossier à Scully) On a trouvé d'autres dépouilles exhumées.
Scully : Avez-vous reçu le rapport médico-légal sur celui-ci ?
Bocks : (acquiesçant) Il y avait bien quelqu'un dans la tombe. Il a coupé les cheveux avec des ciseaux crantés. Je ne sais pas trop quoi penser de ce type.
Mulder : combien de corps au total ?
Bocks : Trois ces deux derniers jours.
Mulder : Que pouvez-vous me dire d'autre sur l'examen des corps ?
Bocks : Les cheveux ont été coupés sur la tête de deux des corps. Sur le troisième, les ongles ont été arrachés avec ce qui ressemble à une pince à bec fin.
Scully regarde les photos contenues dans le dossier et se voit parmi les victimes ! Une vague de nausée l'envahit. Elle pose le dossier sur le bureau et quitte la pièce. Mulder le remarque.
Mulder : Bon, je veux que vous rédigiez une note confidentielle à l'attention de tout le personnel de ce bureau et de tous les services de police de l'agglomération.
Bocks : Pour dire quoi ?
Mulder : Que les Twin Cities ont affaire à un fétichiste de plus en plus actif.
Bocks : Un quoi ?
Mulder : Un fétichiste de plus en plus actif. La sécurité doit être renforcée autour des cimetières de la ville. Les morgues, les pompes funèbres et les hôpitaux doivent être prévenus. Il faut lancer un avertissement concernant la présence possible d'un agresseur dans la région.
Bocks : (hésitant) On n'est pas à New York, Agent Mulder. Ici, les gens laissent encore leurs portes ouvertes. Ça va leur faire peur.
Mulder : Vous pouvez omettre les détails les plus macabres dans votre communiqué de presse.
Bocks : Pourquoi voulez-vous semer la panique, de toute façon ? Je veux dire, si ce type ne s'en prend qu'aux morts...
Mulder : Sa pulsion devient de plus en plus forte. Il pourrait en venir à commettre des meurtres pour se procurer des cadavres. Une fois qu'il aura goûté à un corps chaud, il en voudra probablement davantage.
Bocks : (secouant la tête) Peut-être que je suis resté trop longtemps isolé ici, dans le Grand Nord.
Mulder : Comment ça ?
Bocks : Les gens se demandaient pourquoi ils avaient mis autant de temps à attraper ce gamin à Milwaukee. Ils pensaient que quelqu’un aurait remarqué qu’il tuait ces jeunes garçons. En réalité, ils refusaient de croire que ça puisse arriver.
Mulder : Si vous attrapez ce type avant qu’il ne tue, ils pourront peut-être continuer à croire ça.
Bocks : J'ai bien peur que nous n'ayons ni les effectifs ni l'expertise nécessaires pour agir rapidement. Ça va être difficile de rassembler tout le monde un samedi. Il faudra peut-être attendre lundi ou mardi avant que tout soit prêt.
Devant le bureau, Scully est assise seule, l'air troublé. Elle sursaute quand Mulder se penche par la porte, mais elle ne le regarde pas.
Mulder : Je vais annuler notre vol. On a du travail ici. (Scully fixe le vide, toujours sans le regarder.) Scully ?
Scully : J'arrive tout de suite.
Mulder retourne à l'intérieur, tandis que Scully reste là, bouleversée.
SCÈNE 5
BUREAU DE L'AGENT BOCKS
Sur l'écran d'un ordinateur s'affichent des informations concernant toutes sortes de meurtriers et de psychopathes, accompagnées de leurs photos.
Voix off de Scully : Il n'existe pas de modèle complet ni de profil psychologique type du fétichiste de la mort. D'après les données issues des dossiers de l'Unité des sciences comportementales du FBI, cette pulsion résulte d'un déséquilibre complexe des valeurs et du non-respect des normes culturelles et des mœurs sociales – souvent accompagné d'une aliénation extrême vis-à-vis des interactions sociales normales et des formes traditionnelles de relation avec les autres. Il s'agit le plus souvent d'un homme blanc, doté d'une intelligence dans la moyenne ou supérieure à la moyenne. Des cas de fétichistes ayant un QI supérieur à 150 ont été recensés. L'évolution de la pathologie peut être retracée depuis le stade du fantasme jusqu'à la mise en œuvre finale des pulsions fétichistes, y compris l'homicide opportuniste. L'agent Mulder est fermement convaincu que le suspect dans cette affaire s'achemine vers ce type d'acte. D'après la lecture de ces dossiers, je pense que le fétichisme de la mort pourrait jouer un rôle plus important qu'on ne le soupçonne dans les cas de meurtres en série. Une fois qu'il commence à tuer, c'est le meurtre lui-même qui détourne l'attention d'un mobile plus profond. Un mobile que la plupart des gens, y compris les forces de l'ordre, n'osent pas imaginer. Il est en quelque sorte plus facile de croire, comme le fait l'agent Bocks, aux extraterrestres et aux ovnis, qu'à ce genre de monstre inhumain et de sang-froid capable de tuer des vivants pour se nourrir de leurs cadavres.
SCÈNE 6
Donnie Pfaster roule dans sa voiture, dans une rue bordée de prostituées. Il s'arrête près de deux prostituées, dont l'une (Satin) se penche en s'appuyant contre la voiture.
Satin : Salut.
Donnie : Salut.
Satin : Tu cherches quelqu'un pour passer la nuit ?
Donnie : Oui.
Satin : Tu veux te garer au coin de la rue là-bas ?
Donnie : Je suis intéressé pour quelques heures.
Satin : (souriant) Où as-tu envie d'aller ?
SCÈNE 7
APPARTEMENT DE DONNIE
Donnie et Satin entrent. C'est un appartement ordinaire.
Satin : (se serrant dans ses bras) Tu n'as pas de chauffage ici ? Il fait un froid de canard.
Donnie : Le chauffage est en panne. Je vais te faire couler un bain.
Il se dirige vers la salle de bains.
Dans la salle de bain de Donnie, de petites bouteilles de shampoing et de savon sont soigneusement disposées sur le rebord de la baignoire. L'eau coule, Donnie ajoute du bain moussant dans l'eau. Satin entre.
Donnie : Tes cheveux sont-ils traités ?
Satin : Quoi ?
Donnie : As-tu besoin d'un shampoing pour les cheveux traités chimiquement ?
Satin : Tu veux que je me lave les cheveux ?
Donnie : Je suis prêt à payer un supplément si c'est quelque chose d'inhabituel.
Satin : (elle le regarde, puis se baisse pour retirer ses chaussures à talons hauts. Ses ongles sont longs et vernis en rouge vif) Personne ne m'a jamais demandé ça.
Le téléphone sonne dans une autre pièce de la maison.
Donnie : (il sort de la salle de bains) Excuse-moi. (Dans sa chambre, il répond au téléphone.) Allô.
Marilyn : Est-ce M. Pfaster ?
Donnie : Oui.
Marilyn : Bonjour, c'est Marilyn de Ficicello Frozen Foods. Désolée de vous déranger si tard, mais j'appelle pour vous dire que vous êtes embauché, M. Pfaster. Nous aimerions que vous commenciez tout de suite.
Satin : (arrivant dans le couloir) Hé, qu'est-ce qui se passe ici ? L'eau est glacée. (elle entre dans la chambre, vêtue uniquement d'une serviette. Son expression se transforme en une expression de terreur) Oh mon Dieu...
La chambre de Donnie est remplie de couronnes funéraires, dont la plupart sont fanées. Il regarde Satin calmement.
Marilyn : (au téléphone) M. Pfaster… ?
Donnie : Oui. C’est une excellente nouvelle. Merci beaucoup.
Il raccroche le téléphone et regarde Satin, qui recule dans le couloir.
Satin : Ne t’approche pas de moi ! Laisse-moi tranquille !
Donnie se lève et s’avance vers elle.
SCÈNE 8
Dans une ruelle, la nuit, des voitures de police sont garées tout autour ; on aperçoit un corps recouvert de draps de satin bleu.
Bocks : On attend toujours que quelqu’un identifie le corps. (S’approchant avec Mulder et Scully) À en juger par le quartier, je dirais qu’il s’agissait probablement d’une prostituée.
La prostituée, qui se tenait aux côtés de Satin lorsque Donnie l'a prise en stop, s'approche, aperçoit le corps et devient hystérique.
La prostituée : Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Qui lui a fait ça ? Qui a fait ça ?
Elle est emmenée de force.
Mulder : C'est lui ?
Bocks : On dirait bien. Une entaille au couteau sur toute la longueur du torse. Tous ses cheveux ont été coupés. Il lui a arraché les ongles. Mais cette fois, il lui a aussi coupé quelques doigts. Vous voulez voir le corps ?
Mulder s'avance vers le corps, Scully ne le suit pas. Il se retourne vers elle.
Scully : J'ai besoin d'une minute.
SCÈNE 9
DANS UN BEAU QUARTIER
DE JOUR
Donnie Pfaster, vêtu de son uniforme de livreur, sort d’un véhicule de livraison avec un bac de produits surgelés. Il se dirige vers l’une des maisons et frappe à la porte. Une femme vient ouvrir.
Donnie : Bonjour. Je suis votre nouveau livreur.
Ellen : Oh, bonjour. Entrez. (Ils se dirigent tous les deux vers la cuisine. Donnie commence à ranger les produits dans le congélateur, tandis qu’Ellen étale de la pâte à cookies sur des plaques en métal.) On vous a confié l’ancien secteur de Skip ?
Donnie : Oui, madame. Je crois bien. Je viens de commencer dans l’entreprise.
Ellen : Skip nous livrait depuis si longtemps qu'on pensait qu'il serait toujours là. Avant même que les enfants naissent. (Lisa, la fille d'Ellen, entre dans la cuisine.) Lisa, voici…
Donnie : Donnie. Donnie Pfaster.
Lisa : Oh, salut. (à sa mère) Je vais chez Steve, maman.
Ellen : D'accord. Amuse-toi bien.
Lisa : (à Donnie) Salut.
Donnie : Salut.
Il la regarde s'en aller.
Ellen : (à Donnie, après le départ de Lisa) Nous avons trois filles.
Donnie : Oh. (il sourit poliment en fermant la porte du congélateur) Excusez-moi, mais puis-je utiliser vos toilettes pour me laver les mains ?
Ellen : Oh, bien sûr. Il y a des toilettes en bas, près de la véranda.
Dans la salle de bains , Donnie se lave soigneusement les mains. Il les sèche, puis baisse les yeux vers une poubelle. Il se penche, la soulève et y plonge la main. Il en retire une boule de poils, la regarde avec tendresse et la porte à son visage pour en sentir la texture. Il la glisse ensuite dans sa poche et repose la poubelle. Il se retourne pour sortir et, lorsqu'il ouvre la porte, il se retrouve nez à nez avec Ellen.
Ellen : Je voulais juste vous dire que, lorsque nous ne sommes pas à la maison, nous laissons toujours la porte de derrière ouverte ici.
Donnie : Oh, d'accord. Je m'en souviendrai.
SCÈNE 10
MORGUE DU COMTÉ
Un groupe d'hommes (médecins et médecins légistes) se tient autour du corps d'une prostituée décédée, recouvert d'un drap de satin, sur la table d'autopsie. Scully entre pour procéder à l'autopsie ; tous les hommes lui font place en silence.
Voix off de Scully : La mort est un événement immuable. Que ce soit pour des raisons naturelles ou non, lorsqu’un corps cesse de fonctionner, la cause de cet événement peut être clairement établie. Un corps a une histoire à raconter.
Elle repousse le drap de satin et allume le micro au-dessus de la table d’autopsie.
Scully : Il est 11 h 14, lundi 14 novembre. La défunte est une femme d'une vingtaine d'années...
Sa voix s'éteint.
Voix off de Scully : Si la victime a été étranglée, l'examen des veines oculaires le révélera. Si la victime a été abattue, les blessures d'entrée et les résidus de poudre peuvent servir à reconstituer les événements ayant conduit au décès et aider à établir un mobile éventuel. La température corporelle, de préférence celle de la rate, est un indicateur précis de l'heure du décès. Tout comme la rigidité cadavérique, les lividités et le taux de sodium dans le sang. Si le corps a été déplacé, le sable, les petits cailloux, les débris végétaux, voire le pollen, peuvent être prélevés et analysés pour déterminer l'emplacement de la scène de crime d'origine et situer la position du corps au moment du décès. Les taches et résidus extra cutanés peuvent indiquer l'utilisation de poison ou de toxines. Les cheveux et les fibres, les éclats de verre, le plastique, voire les exosquelettes d'insectes peuvent servir à reconstituer les circonstances dans lesquelles le décès s'est produit. (Scully est désormais assise devant l'ordinateur de l'agent Bocks ; ses paroles sont retranscrites à l'écran.) Il est peut-être ironique, et seuls ceux d'entre nous qui menons ces examens et utilisons ces éléments pour reconstituer un récit peuvent le comprendre, que la mort, tout comme la vie elle-même, soit un drame avec un début, un milieu et une fin.
Au terme de cet examen, je suis d'avis que la victime a été victime d'un homicide commis dans le but exprès de lui prélever les cheveux et les ongles. (On entend toujours la voix off de Scully, mais on voit désormais Mulder lire un document sur l'ordinateur de Scully.) L'heure du décès ne peut être déterminée avec précision en raison de ce qui, selon moi, doit avoir été une immersion dans un environnement froid, très probablement de l'eau. La mort est survenue à la suite d'une hémorragie et d'un traumatisme causés par une profonde blessure au couteau qui a sectionné l'artère pulmonaire. Parmi les preuves examinées, aucun élément ni aucune combinaison d'éléments ne permet de dresser un portrait clair du meurtrier, si ce n'est le mobile suggéré par la nature bizarre du crime. Pour mémoire, j'estime également qu'à l'exception des homicides d'enfants, qui peuvent être plus tragiques et odieux, il s'agit là d'un des meurtres les plus violents et les plus déshumanisants qu'on puisse imaginer.
Mulder lève les yeux de la page ; il se trouve désormais dans une salle d’identification.
Il se tient aux côtés de l’agent Bocks et de la deuxième prostituée.
Bocks : (à la prostituée) Regardez attentivement chaque homme.
Prostituée : (secoue la tête) Il avait l’air tout à fait normal. Il n’avait pas l’air d’un monstre.
Bocks : Vous vous souvenez du type de voiture qu'il conduisait ? De sa couleur ?
Prostituée : Je crois qu'elle était blanche.
Bocks : D'accord, vous pouvez y aller. Laissez-nous juste un numéro et une adresse où on pourra vous joindre.
Prostituée : Vous allez attraper ce type ?
Bocks : (peu convaincant) On va l'attraper.
Mulder : Ce serait peut-être le moment idéal pour prendre ces congés payés que le patron vous doit.
Prostituée : Ouais. C'est ça.
Elle quitte la pièce.
Bocks : (à Mulder) Si ce type a l'air d'un type normal et s'il n'a pas de casier, il va être pratiquement impossible à retrouver.
Mulder : Jusqu'à ce qu'il tue à nouveau. Ou jusqu'à ce qu'on arrive à déterminer ce qui le motive.
Bocks : J'ai lu votre profil. On dirait un type incapable de séduire les femmes. Ce qui expliquerait la prostituée.
Mulder : La prostituée, c'était juste un prétexte. Ce type n'est pas à la recherche de sexe. Il cherche des trophées. Sa victime était une jeune femme séduisante. Les cadavres qu'il a déterrés étaient ceux de jeunes femmes. Pourtant, il n'y a aucune trace d'activité sexuelle. Qu'est-ce qui alimente son besoin ? Pourquoi les cheveux et les ongles sont-ils si importants pour lui ? C'est comme si leur mort ne lui suffisait pas. Il doit les profaner. Il y a une psychose plus profonde à l'œuvre ici. Et de la colère envers les femmes, peut-être envers sa mère.
Bocks : Je dirais qu'elle serait plutôt furieuse contre lui, elle aussi.
Mulder : La prochaine étape consiste à appeler tous les établissements psychiatriques. Voir s'ils ont des dossiers de patients présentant des pathologies similaires. Ce genre de tueur ne se fait pas du jour au lendemain. Il nourrit ce fétichisme depuis des années.
SCÈNE 11
UNE SALLE DE CLASSE
LA NUIT
Le Professeur : … la nécessité des récits, des mythes ou des légendes dans une culture est presque universelle. Nous considérons les mythes comme des éléments qui divertissent ou instruisent, mais leur fonction profonde est souvent d’expliquer, ou de rendre imaginaires, des souhaits, des désirs ou des comportements que la société jugerait autrement inacceptables. Les mythes dissimulent souvent des pensées tout simplement trop terribles pour être envisagées, mais comme elles sont transmises sous le couvert d’une fausse réalité – l’histoire –, ces pensées deviennent une fiction inoffensive.
Donnie est assis au fond de la classe. Il fixe une jolie étudiante blonde aux cheveux courts assise au premier rang. Elle touche son cou ; ses ongles sont limés, longs et vernis. L’enseignant poursuit.
Le Professeur : Prenons par exemple les contes que nous racontons aux enfants, comme Blanche-Neige ou Alice au pays des merveilles. Les thèmes sous-jacents, où la reine ordonne « qu’on lui coupe la tête », ou où le prince réveille la Belle au bois dormant d’un baiser, sont ce que Freud qualifierait d’imagination de la mort/du désir.
SCÈNE 12
PARKING
La jolie étudiante se dirige vers sa voiture et ouvre la portière. Donnie apparaît de l'autre côté de la voiture et la surprend.
Donnie : Excuse-moi. Je suis dans ton cours de mythologie.
Étudiante : Oh.
Donnie : Je m'appelle Donnie. Je suis assis quelques rangées plus loin. Tu m'as peut-être déjà vu.
Étudiante : Je... je ne sais pas. Je...
Donnie : Je sais. Tu es assise devant. C'est juste que... (se déplaçant vers son côté de la voiture) J'allais à ma voiture, et je t'ai vue, et... est-ce qu'il nous a demandé de lire les chapitres dix et onze, ou onze et douze ?
Étudiante : Oh, je crois que c'était... (Elle fouille dans son sac pour vérifier dans son cahier.) C'était les chapitres dix et onze.
Donnie : Oh, merci.
Étudiante : (Elle remet le cahier dans son sac. Entre-temps, Donnie s'est rapproché d'elle et l'a coincée dans l'étroit espace formé par la portière ouverte.) Je dois y aller maintenant.
Elle essaie de retirer la portière de la voiture des mains de Donnie, mais n'y parvient pas.
Donnie : Ne pars pas.
Étudiante : (avec colère) Lâche la portière ! (Donnie fait un pas vers elle, et elle lui donne un coup de genou dans l'aine, suivi d'un coup de poing, qui l'envoie au sol. Elle hurle) À L'AIDE !!! QUELQU'UN !!!
SCÈNE 13
MORGUE DU COMTÉ
Le corps repose sur la table d'autopsie, recouvert d'un drap de satin. L'agent Scully entre, vêtue de sa tenue d'autopsie, et s'approche du corps. Elle retire le drap et, le visage horrifié, elle voit... Elle-même ! allongée sur la table d'autopsie. Du point de vue de Scully morte, on voit la silhouette démoniaque du début, là où se tenait Scully lorsqu'elle examinait le corps. Le téléphone se met à sonner.
CHAMBRE DE MOTEL
Scully se redresse d'un coup dans son lit, se réveillant d'un cauchemar. Elle répond au téléphone qui sonne.
Scully : Allô.
Mulder : Scully, c'est moi. Ils ont arrêté quelqu'un qu'ils pensent être notre homme.
Scully : (toujours sous le choc) Je m'habille.
SCÈNE 14
AILE DE LA PRISON
LA NUIT
Scully, Mulder et Bocks avancent dans le couloir de la prison, en direction d’une cellule.
Bocks : Il a des antécédents d’agression. Un agent de sécurité qui a été témoin de la scène a appelé le 911. Elle l’a gravement blessé.
Ils arrivent devant la cellule et jettent un œil à l’intérieur. L’homme qui s’y trouve n’est pas Donnie. Il a une entaille de couteau qui lui barre la joue et le nez.
Mulder : Qui l'a poignardé ?
Bocks : Une prostituée. Elles ont toutes des couteaux sur elles depuis ce qui s'est passé.
Ils entrent dans la cellule. Derrière eux, dans une autre cellule, Donnie se tient debout, le visage appuyé contre les barreaux. Il fixe Scully avec le même regard qu'auparavant. Au bout d'un moment, les agents quittent la cellule de l'autre homme et s'éloignent de quelques pas des barreaux.
Mulder : Ce n'est pas lui.
Bocks : Je croyais qu'on l'avait.
Ils s'apprêtent à partir, tandis que Donnie continue de fixer Scully. Elle se retourne, sentant son regard. Elle le regarde, puis se détourne, bouleversée. Ils atteignent tous la porte.
Scully : Mulder, je peux te parler un instant ?
Mulder : Oui.
Scully regarde Bocks ; elle souhaite parler à Mulder en tête-à-tête.
Bocks : (comprenant le message) : Je vous attends dehors.
Il sort.
Scully : Je pense que je mènerais mieux cette enquête si je me concentrais sur les preuves.
Mulder : Que suggères-tu ?
Scully : Que je ramène le corps à Washington. J'aimerais le faire analyser par le laboratoire de police scientifique là-bas. Tu connais ces gars-là, ils peuvent extraire une empreinte...
Mulder : Si cette affaire te pose problème, Scully, je veux que tu me le dises.
Scully : Ça ne me pose aucun problème, Mulder.
Mulder : Je comprendrais, Scully. Ce n'est pas vraiment facile à digérer.
Scully : Tout va bien. Vraiment. Je pense juste qu'on est loin d'avoir attrapé ce type. Si on pouvait avoir une empreinte, on aurait une piste. Pour l'instant, on est dans l'impasse.
Mulder : (sachant qu'elle cache quelque chose) Je pense que c'est une bonne idée. (Il pose sa main sur son épaule.) Je ne veux juste pas que tu penses que tu dois me cacher quoi que ce soit, Scully. J'ai vu des agents avec vingt ans d'expérience s'effondrer sur des affaires comme celle-ci.
Scully : (doucement) Je vais bien, Mulder. Je peux gérer ça.
Elle s'écarte doucement de sa main, et ils partent tous les deux.
Donnie : (à l'homme de la cellule voisine, à qui les agents s'adressaient) Hé, comment tu t'appelles ?
Suspect : C'est à moi que tu parles ?
Donnie : Ouais. C'étaient des agents du FBI ?
Suspect : Ouais.
Donnie : Qu'est-ce qu'ils t'ont demandé ?
Suspect : Ils pensaient que j'étais un taré qui déterrait des cadavres. Mec, j'ai déjà assez d'ennuis comme ça.
Donnie : Comment s'appelaient-ils ?
Suspect : Qui ?
Donnie : Les agents les plus jeunes.
Suspect : Euh... Je ne me souviens pas de son nom, mais elle s'appelait Scully, comme ce commentateur de baseball.
Un gardien s'approche et ouvre la cellule de Donnie.
Gardien : Allez, venez, M. Pfaster.
Donnie : Où ça ?
Gardien : La plaignante a retiré sa plainte contre vous. On vous libère dès que vous aurez parlé à l'assistante sociale du service de psychiatrie.
SCÈNE 15
SIÈGE DU FBI
LABORATOIRE D'ANALYSE DES EMPREINTES DIGITALES
Expert : (examinant un morceau de satin à l'aide de lunettes grossissantes) À première vue, il n'y a pas grand-chose à exploiter. Le satin ne retient pas très bien les empreintes. Il pourrait y avoir une empreinte latente quelque part dans ces taches de sang, mais je soupçonne que le tueur portait des gants.
Scully : Le corps a été transporté sur mon vol.Il devrait être là d'ici une heure.
Expert : Nous y jetterons un œil. Combien de temps restez-vous en ville, agent Scully ?
Scully : J'ai réservé un vol de retour pour Minneapolis ce soir. Mais je vais peut-être l'annuler.
Expert : J'ai mis tout le reste de mon travail de côté.
Scully hoche la tête et sort.
SCÈNE 16
SIÈGE DU FBI
Scully avance dans un couloir. Elle arrive devant une porte sur laquelle est inscrit : « Programme d’aide aux employés, K. Kosseff, psychologue clinicienne agréée ». Scully jette un coup d’œil autour d’elle pour s’assurer que personne ne la regarde, puis entre. Scully est assise en face de Karen Kosseff, en proie à ses émotions.
Scully : Vous pensez avoir trouvé le moyen de gérer ce genre de choses. À la fac de médecine, vous développez une certaine distance clinique face à la mort. Pendant votre formation au FBI, vous êtes confrontée à des affaires, les plus terribles et les plus violentes qui soient. Vous pensez pouvoir regarder le mal en face. Et puis vous vous retrouvez paralysée par lui.
Kosseff : Vous rendez-vous compte que vous parlez de vous à la deuxième personne ?
Scully : Non. Vraiment ?
Kosseff : Savez-vous pourquoi ?
Scully : Probablement pour essayer, d'une autre manière, de prendre du recul par rapport à tout ça.
Kosseff : Vous êtes quelqu’un de fort. Vous avez sans doute toujours eu le sentiment de pouvoir gérer n’importe quel problème toute seule. Mais vous vous sentez vulnérable en ce moment. Savez-vous pourquoi ?
Scully : Non.
Kosseff : Est-ce à cause de votre partenaire ? Y a-t-il un problème de confiance…
Scully : (avec fermeté) Non. Je lui fais totalement confiance. Je lui confierais ma vie.
Kosseff : Pouvez-vous lui parler de ce que vous ressentez ?
Scully : Non. (pause) Je sais que ça peut paraître fou, mais je ne veux pas qu'il sache à quel point ça me perturbe. Je ne veux pas qu'il pense qu'il doit me protéger.
Kosseff : Je sais que vous avez perdu votre père l'année dernière. Et j'ai lu dans votre dossier que vous avez été très malade récemment. Que votre vie a été menacée. De telles épreuves peuvent vous rendre extrêmement vulnérable.
Scully : (les larmes lui montent aux yeux, mais elle ne pleure pas) Je sais tout cela. J'en suis consciente. Je sais que le monde est plein de prédateurs, comme il l'a toujours été. Et je sais que c'est mon travail de protéger les gens contre eux. Et je me suis appuyée sur ce fait pour avoir confiance en ma capacité à faire ce que je fais... Je veux retrouver cette confiance... J'en ai besoin.
SCÈNE 17
SIÈGE DU FBI
LABORATOIRE D'ANALYSE DES EMPREINTES DIGITALES
Scully entre.
Expert : Vous voilà. Je vous cherchais.
Scully : J'avais une réunion.
Expert : J'ai de bonnes nouvelles.
Scully : Qu'avez-vous trouvé ?
Expert : Eh bien, comme je m'y attendais, il n'y avait rien sur les draps. Mais on a trouvé quelque chose d'intéressant sur le corps. Au début, ce n'était pas évident. Rien sur le torse, le visage, les bras, les mains. Le type lui a coupé les doigts, n'est-ce pas ? Mais pas tous. Sur sa main droite, il a laissé un pouce. (Il tend à Scully une empreinte digitale.) J'ai prélevé ça sur le vernis à ongles. Il a dû y avoir une lutte avant qu'il ne la tue. Avant qu'il n'enfile les gants.
Scully : (enthousiaste) Je dois appeler l'agent Mulder.
Elle se dirige vers le téléphone.
Expert : Oh. Quelqu'un vous a appelée.
Scully : Qui ?
Expert : Il a dit qu'il était agent à Minneapolis. Je lui ai dit que vous étiez absente, mais que vous aviez un vol de retour prévu ce soir.
Scully : (l'air inquiet, tout en composant le numéro) C'était l'agent Mulder ?
Expert : Je n'ai pas reconnu sa voix.
Scully : Lui avez-vous parlé de l'empreinte ?
Expert : Je ne l'avait pas encore trouvée.
Mulder : (au téléphone) Mulder.
Scully : Salut, c'est moi. On a une empreinte.
Mulder : (à Bocks) Scully a trouvé une empreinte.
Bocks : Génial !
Scully : (au téléphone) Je vais te l'envoyer tout de suite par fax pour voir si tu peux trouver une correspondance.
Mulder : Tu restes là-bas, Scully ?
Scully : Non. Je rentre ce soir.
Mulder : Écoute, Scully. Je sais que c'est une affaire assez horrible...
Scully : Ça ne me dérange pas, Mulder. Tu as besoin de mon aide.
Mulder : Toujours !
Scully :(sourit faiblement, puis) Mulder ? Ni toi ni l'agent Bocks n'avez appelé ici pour me chercher tout à l'heure, n'est-ce pas ?
Mulder : (à Bocks) Avez-vous appelé l'agent Scully ?
Bocks secoue la tête.
Mulder : Non.
Scully : (curieuse) D'accord, on se voit quand j'arrive.
Elle raccroche.
SCÈNE 18
APPARTEMENT DE DONNIE PFASTER
Des agents en uniforme enfoncent la porte. La chambre, comme auparavant, est jonchée de fleurs. Il n'y a pas de draps sur le lit. De l'ouverture d'un oreiller dépasse une touffe de longs cheveux humains. Mulder et Bocks pénètrent dans l'appartement ; Mulder se dirige vers la cuisine tandis que Bocks parle dans son talkie-walkie.
Bocks : Le suspect ne semble pas être chez lui. Lancez un avis de recherche pour Donald Addie Pfaster, vingt-huit ans...
L'un des agents ouvre le congélateur et montre quelque chose à Mulder.
Mulder : (montrant l'objet à Bocks) Jetez un œil.
Bocks : Bon sang de bonsoir.
C'est une boîte de surgelés contenant des choux de Bruxelles, ainsi que des doigts et un long ongle peint en rouge vif.
SCÈNE 19
AÉROPORT
DE NUIT
Scully sort. Elle se rend dans une agence de location de voitures. Elle sort de l'agence et s'approche de la voiture qu'elle a louée. Depuis une autre voiture garée à proximité, un homme l'observe. C'est Donnie Pfaster. Scully est dans sa voiture, au volant. Derrière elle, deux phares puissants surgissent. Les lumières deviennent plus vives et se rapprochent, et Scully est prise totalement par surprise lorsque sa voiture est percutée par l'arrière. Elle agrippe le volant, essayant de redresser la trajectoire, mais sa voiture est percutée à nouveau.
SCÈNE 20
BUREAU DE L'AGENT BOCKS
DE NUIT
Mulder : (regardant sa montre d'un air inquiet) Elle devrait être là.
Bocks : Elle était dans l'avion. Et celui-ci est arrivé il y a trois heures.
Agent du FBI : (entrant) Nous avons retrouvé la voiture de l'agent Scully.
SCÈNE 21
SUR UNE ROUTE
La voiture accidentée de Scully est garée sur le bas-côté. Les agents Bocks et Mulder s’arrêtent. Mulder sort et court vers la voiture de location abandonnée de Scully. Il y a une rayure blanche sur la carrosserie. Il jette un œil à l’intérieur. L’airbag s’est déclenché et est déchiré.
Mulder : Elle a été poussée hors de la route, on dirait une voiture blanche... Demandez à l'un de vos hommes de prélever un échantillon de cette peinture et de l'envoyer par avion à Washington... Si vous vous dépêchez, on pourra connaître la marque et le modèle de la voiture d'ici demain matin... On va la retrouver.
Mulder s'éloigne tandis que Boggs le regarde.
SCÈNE 22
Donnie se trouve dans une maison sombre. Il avance dans un couloir et pénètre dans une salle de bains. La baignoire se remplit ; on peut deviner la température de l’eau. Il y a des petites bouteilles de shampoing et autres produits sur le rebord de la baignoire. Donnie marche à nouveau dans un couloir et entre dans une chambre. Il ouvre la porte du placard. À l'intérieur, on aperçoit Scully, recroquevillée dans un coin. Ses mains et ses pieds sont attachés, sa bouche est bâillonnée. Son visage est meurtri, ses yeux sont fermés. Elle ouvre les yeux et voit... La silhouette démoniaque de son rêve. Donnie referme la porte.
SCÈNE 23
BUREAU DE BOCKS
Bocks : (sur son portable) Rien d’enregistré au nom de Donald Pfaster ? Ah oui… c'est ça. Compris. (Il raccroche ; à Mulder) La peinture s'appelle Ivory Bone. C'est un émail bicouche utilisé par trois constructeurs de voitures de taille moyenne récentes. Ils estiment qu'il y a environ soixante mille voitures correspondant à cette description dans la région métropolitaine.
Mulder : (sur son portable) Rien ? Personne ne l'a vue quitter l'agence de location… ? Il n'y avait aucun employé dans les parages… ? (Il raccroche, frustré ; à Bocks) On filme les violences policières dans les rues sombres. On voit Elvis dans trois villes américaines tous les jours. Mais personne n'a vu une jolie femme se faire percuter au volant de sa voiture de location.
Bocks : Il aurait pu l'emmener n'importe où. Comment allons-nous la retrouver ?
Mulder : Il faut remonter au début. Aussi désagréable que cela puisse paraître, nous devons comprendre son mode de pensée. Où irait-il ?
Bocks : (haussant les épaules) N'importe où sauf chez sa mère, n'est-ce pas ?
Mulder : Que voulez-vous dire ?
Bocks : Vu qu'il est furieux contre elle. D'après votre profil.
Mulder : (intéressé) Où habite sa mère ?
Bocks : Je ne sais pas.
Mulder : Voyons voir.
SCÈNE 24
Donnie, dans cette maison sombre, se dirige vers le placard et l'ouvre.
Scully est à l'intérieur, terrifiée.
SCÈNE 25
BUREAU DE BOCKS
Mulder et Bocks regardent un écran d'ordinateur.
Bocks : La mère vit à Boca Raton, en Floride. Correction : elle y vivait. Elle est décédée il y a un an.
Mulder : (déçu) Avait-elle une voiture immatriculée à son nom ?
Bocks : (vérifiant) Une berline blanche récente.
Mulder : (réalisant) Il a hérité de la voiture. Boca Raton aurait pu être une résidence secondaire. Avait-elle une maison ici, à Minneapolis ?
SCÈNE 26
CHAMBRE
Dans le placard. Donnie est près de Scully, il examine ses ongles. Il utilise un couteau aiguisé pour couper la corde qui lui lie les pieds.
Scully : (la bouche encore bâillonnée) Ne m’approchez pas !
À sa grande terreur, elle voit le visage de Donnie se transformer, prenant l'apparence de différents hommes. Ce sont les hommes qu'elle a vus auparavant, dans les fichiers informatiques qu'elle a consultés. Les silhouettes se transforment ensuite en cette créature démoniaque, puis redeviennent celles de Donnie.
Donnie : N'ayez pas peur. (Donnie prend Scully, les mains toujours liées, la bouche toujours bâillonnée. Il la conduit à la salle de bain, où la baignoire est remplie d'eau et de mousse. Donnie fait le tour de la salle de bain pour vérifier les shampoings.) Diriez-vous que vos cheveux sont normaux ou secs ? (Il se retourne, tandis que Scully recule vers la porte.) Où allez-vous maintenant ?
Donnie s'approche de Scully, l'attrape, mais elle le repousse violemment dans l'eau glacée de la baignoire. Scully s'enfuit alors de la salle de bain. Donnie, trempé, se hisse hors de l'eau et se lance à sa poursuite. Il sort de la salle de bain et regarde autour de lui. Scully a disparu. Il parcourt la maison à sa recherche. Scully arrive à la porte d'entrée. Elle est verrouillée. Elle court se cacher.
Donnie : Il n'y a pas d'issue, petite fille. (Il entre dans une chambre et prend un pistolet sur la commode.) Je connais cette maison, petite fille. Il n'y a nulle part où se cacher.
Il entend alors un bruit provenant d'une des pièces et se précipite dans cette direction. Il s'approche d'une porte fermée et l'ouvre. Scully bondit en avant, son bâillon arraché, un spray à la main, les mains liées. Elle l'asperge au visage et s'enfuit, tandis qu'il trébuche en arrière. Scully court vers l'escalier, Donnie à ses trousses. Il la rattrape en haut des marches et ils dévalent tous deux l'escalier. Au moment où ils touchent le sol, le pistolet de Donnie lui échappe des mains. Scully se met à ramper pour le récupérer, Donnie la voit et lui saute dessus. Alors qu'elle pointe l'arme sur lui, elle aperçoit à nouveau le démon de son rêve, ce qui la terrifie et permet à Donnie de lui arracher le pistolet des mains. À cet instant, la porte s'ouvre brusquement et Mulder, Bocks et quelques officiers font irruption.
Mulder : (arme au poing) AGENTS FÉDÉRAUX ! LES MAINS EN L'AIR !
Donnie lève lentement les mains, et les autres hommes le maîtrisent brutalement. Mulder s'agenouille près de Scully. Elle est étourdie et tente de se relever.
Mulder : (à voix haute) Appelez les secours !
Scully : Je vais bien.
Mulder : Reste là, Scully.
Scully : (Elle insiste pour se lever, Mulder l'aide) Je vais bien. Aide-moi juste à me délier les poignets. (Alors que Mulder commence à la délier) Comment m'as tu trouvée ?
Mulder : Sa mère était propriétaire de la maison, elle l'a léguée à ses sœurs. J'ai suivi mon intuition. Un agent de patrouille a repéré la voiture devant la maison.
Les poignets défaits, Scully les frotte. Elle évite le regard de Mulder. Elle observe Donnie, qu'on attache au sol.
Mulder : Assieds toi le temps que quelqu'un t’examine.
Scully : (à voix basse) Mulder, ça va.
Mulder la regarde et lui relève le menton. Elle croise alors son regard. Ses yeux s'emplissent de larmes et elle se met à pleurer. Mulder la serre dans ses bras, même si elle garde les bras croisés. Elle se laisse ensuite aller à le serrer contre elle, à laisser libre cours à ses émotions. Scully continue de pleurer dans les bras de Mulder, qui la serre fort et tendrement. Des photos de Donnie enfant et de sa famille défilent les unes après les autres, tandis que l'on entend Mulder…
SCÈNE 27
Voix off de Mulder : La victoire sur la peur réside dans son acceptation. Comprendre que ce qui nous effraie le plus, c'est ce qui nous est le plus familier, le plus banal. Ce garçon d'à côté, Donnie Pfaster, le petit frère ordinaire de quatre sœurs aînées, extraordinaire seulement par sa simplicité, pourrait bien devenir le diable en personne. On dit que la peur de l'inconnu est une réaction irrationnelle aux excès de l'imagination. Mais notre peur du quotidien, de l'étranger tapi dans l'ombre, du bruit de pas dans l'escalier… La peur d'une mort violente et l'instinct primitif de survie sont aussi terrifiants que n'importe quelle Affaire non-classée, aussi réels que la simple acceptation que cela pourrait nous arriver.
FIN